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Jeudi 27 janvier 2000 après-midi
14H00 - 17H00
Techniques & transmission des savoirs
Mnémosyne aujourd'hui
: transmission du savoir et arts de mémoire
De quoi parlons-nous quand nous parlons de mémoire à
l' "ère des réseaux" ? Avons-nous atteint,
avec l'usage généralisé des ordinateurs,
le point extrême du processus d'extériorisation
de la mémoire humaine, confiée à des outils
de plus en plus complexes, tel que la décrivait André
Leroi-Gourhan dans La mémoire et les rythmes, en 1965
? Ou bien la convergence de l'informatique et de la biologie
est-elle, au contraire, en train de conduire à une nouvelle
intériorisation des mémoires artificielles ?
Ne sommes-nous pas, en tout cas, à la fin d'une sorte
de cycle ? Dans un livre qui a fait date, L'art de la mémoire,
paru en français en 1975, Frances Yates a montré
que le système des "lieux de mémoire"
intériorisés, qu'utilisaient les orateurs de l'Antiquité,
loin d'être un simple outil mnémotechnique, a été
un élément actif et essentiel de la culture européenne
au moins jusqu'à l'invention de l'imprimerie. Mnémosyne,
la mémoire, était vraiment la mère des muses.
On connaît les célèbres passages de saint
Augustin sur les "palais de la mémoire" dans
ses Confessions, et Marc Fumaroli a fortement attiré l'attention,
il y a quelques années, sur la façon dont, au VIe
siècle, Boèce avait pu mobiliser dans sa prison
de Ravenne toute une "vaste bibliothèque invisible"
pour composer la Consolation de la philosophie.
Dans la tradition scolastique de saint Thomas les fresques de
Giotto à la Capella Arena de Padoue, ou celles d'Ambrogio
Lorenzetti au Palazzo Pubblico de Sienne, dépeignent des
images de mémoire. A partir du XVIe siècle, la
très large diffusion du livre imprimé et la constitution
de bibliothèques savantes, dont nos grandes bibliothèques
d'aujourd'hui sont les héritières directes, va
peu à peu pousser les arts de mémoires vers l'occultisme.
Le "savoir par coeur n'est pas savoir" de Montaigne
devient la norme.
Aujourd'hui, alors que le rôle du livre comme organisateur
et référent universel du savoir s'amenuise, il
est frappant de constater que les recherches les plus pointues
en matière d'informatique fondamentale ou appliquée
tendent à reconstituer de nouveaux lieux de mémoire
ou, pour reprendre une expression de Jacques Perriault, de "nouveaux
portulans", pour organiser le voyage à travers une
mémoire sans rivages et sans forme fixe. Voilà
pourquoi nous avons choisi d'interroger autour de Jacques Perriault,
président de la Société française
des sciences de l'information et de la communication (SFSIC)
et auteur de travaux pionniers sur les usages de l'informatique
et l'archéologie de l'audiovisuel, à la fois des
historiens et des spécialistes des neurosciences pour
tenter de mieux cerner ce qu'ont été les arts de
mémoire et ce que pourrait être son "art nouveau".
Animation :
François Dupuigrenet-Derroussilles
Directeur de l'Enssib
Jacques Perriault
Professeur à l'université de Paris X
Intervenants :
Jacques Roubaud, poète, professeur à l'université
de Paris X
Michel Pastoureau, directeur d'études à l'École
pratique des hautes études
Marc Fumaroli, professeur au Collège de France
Jean-Pierre Changeux, directeur du laboratoire "Neurobiologie
moléculaire", CNRS / Institut Pasteur, professeur au Collège de France.
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